IFRS 18
Finance 16 septembre 2026

IFRS 18

IFRS 18 : ce qui change (vraiment) dans la présentation des états financiers

Le 9 avril 2024, l'IASB (International Accounting Standards Board) a publié IFRS 18 Presentation and Disclosure in Financial Statements, la nouvelle norme qui remplacera IAS 1 Présentation des états financiers. Applicable aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027 (application anticipée permise), IFRS 18 ne bouleverse pas les règles de comptabilisation ou d'évaluation, mais elle change en profondeur la manière dont les entreprises doivent présenter leur performance financière. Pour beaucoup de directions financières, c'est le chantier de mise en conformité le plus structurant depuis IFRS 16.

Cet article fait le point sur les apports clés de la norme, ses enjeux pratiques et la manière de préparer sa mise en œuvre.


Pourquoi une nouvelle norme ?

IAS 1 laissait une grande liberté dans la structure du compte de résultat. Résultat : d'un groupe à l'autre, les libellés de sous-totaux ("résultat opérationnel", "EBIT", "résultat courant"...) ne recouvraient pas les mêmes réalités, ce qui nuisait à la comparabilité entre entreprises et compliquait le travail des analystes. C'est précisément le constat qui a motivé le Primary Financial Statements project, lancé par l'IASB dès 2014 et dont IFRS 18 est l'aboutissement.

L'objectif affiché est double : améliorer la comparabilité de la performance financière entre entités, et donner davantage de transparence sur les indicateurs "non-GAAP" que les directions communiquent en dehors du cadre strict des IFRS.


Les trois grands apports d'IFRS 18

1. Une structure obligatoire du compte de résultat, avec deux nouveaux sous-totaux

IFRS 18 impose de classer tous les produits et charges dans l'une des cinq catégories suivantes : exploitation, investissement, financement, impôt sur le résultat, et activités abandonnées. Cette classification aboutit à la présentation de deux nouveaux sous-totaux obligatoires :

  • le résultat opérationnel (operating profit) ;
  • le résultat avant financement et impôt (profit before financing and income taxes).

Ces sous-totaux existaient déjà de façon informelle dans beaucoup de comptes de résultat, mais leur contenu variait d'une entreprise à l'autre. IFRS 18 en fixe une définition unique, ce qui devrait réduire mécaniquement l'hétérogénéité actuelle des présentations.


2. L'encadrement des indicateurs définis par la direction (MPM)

C'est sans doute la nouveauté la plus commentée. De nombreuses entreprises communiquent des indicateurs alternatifs — "résultat opérationnel ajusté", "EBITDA retraité", etc. — qui ne sont pas définis par les normes IFRS. IFRS 18 introduit la notion de Management-Defined Performance Measures (MPM) : dès lors qu'un indicateur de ce type est un sous-total de produits et charges et qu'il est utilisé dans la communication publique de l'entreprise (communiqués, présentations aux investisseurs...), il doit désormais être :

  • explicitement identifié comme un MPM dans les notes annexes ;
  • accompagné d'une réconciliation détaillée avec le sous-total IFRS le plus proche ;
  • justifié quant à sa pertinence pour la compréhension de la performance.

Concrètement, ces indicateurs "maison", jusqu'ici souvent cantonnés aux communiqués de presse, entrent dans le périmètre audité des états financiers. C'est un changement de nature, pas seulement de forme.


3. Des règles renforcées d'agrégation et de désagrégation

IFRS 18 pose un principe général : les informations doivent être regroupées ou détaillées selon qu'elles partagent ou non des caractéristiques communes, afin d'éviter à la fois la sur-agrégation (qui masque l'information utile) et la sur-désagrégation (qui noie l'analyste sous des détails non pertinents). La norme fournit des critères plus précis pour arbitrer ce niveau de détail, notamment sur les charges par nature et par fonction.

Elle apporte également des ajustements ciblés au tableau des flux de trésorerie, notamment sur le point de départ du calcul des flux opérationnels selon la méthode indirecte, ainsi que sur la présentation des intérêts et dividendes reçus ou versés — la norme réduit les options laissées jusque-là par IAS 7.


Ce qu'IFRS 18 ne change pas

Il est important de le rappeler : IFRS 18 ne modifie ni la comptabilisation, ni l'évaluation des actifs, passifs, produits et charges. Le résultat net global de l'exercice reste identique à ce qu'il aurait été sous IAS 1. Ce qui change, c'est la structure, la granularité et la transparence de la présentation — ce qui n'est pas neutre pour la lecture qu'en feront les marchés.


Quels impacts opérationnels pour les entreprises ?

La mise en œuvre d'IFRS 18 dépasse largement le sujet comptable :

  • Systèmes d'information : les plans de comptes et les outils de reporting doivent souvent être adaptés pour rattacher chaque flux à la bonne catégorie (exploitation, investissement, financement).
  • Communication financière : les indicateurs alternatifs utilisés en interne et en externe doivent être revus à la lumière de la définition des MPM, avec un travail de documentation et de gouvernance autour de leur usage.
  • Comparabilité historique : l'application étant rétrospective, les comparatifs 2026 devront être retraités dès la première application en 2027, ce qui implique d'anticiper le sujet bien avant l'échéance.
  • Formation et gouvernance interne : les équipes finance, contrôle de gestion et relations investisseurs doivent travailler de concert, ce qui en fait un projet transverse plus qu'un simple ajustement technique.

Un calendrier à ne pas sous-estimer

La norme entre en vigueur pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027, avec possibilité d'application anticipée. Mais comme l'application est rétrospective, les données comparatives de l'exercice 2026 devront déjà être établies selon les nouvelles règles. Plusieurs cabinets d'audit recommandent donc d'entamer les travaux de diagnostic et d'adaptation des systèmes dès 2025-2026, plutôt que d'attendre la dernière ligne droite.



En résumé

IFRS 18 marque la fin de plus de vingt ans de relative liberté dans la présentation du compte de résultat sous IAS 1. En imposant une structure commune, en encadrant les indicateurs non-GAAP et en précisant les règles de regroupement de l'information, l'IASB cherche à redonner de la comparabilité aux états financiers IFRS. Pour les entreprises, l'enjeu n'est pas seulement de "reformater" un compte de résultat : c'est l'occasion de revisiter la manière dont elles racontent leur performance aux marchés.

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